Comptes-Rendus

Nabulio|Apocrifu|Requiem|NBE & A Filetta|Spitalfields|Johanneskirche|Hasselt|Sfinksfestival

Comptes-Rendus Nabulio:

Nabulio

Nabulio était présenté comme un « oratorium », bien qu’il ne soit pas à caractère religieux (au moment même où j’écris ces mots, je réalise que cela n’est pas forcément une obligation. Je connais « Orare » du Latin religieux comme « prier » mais peut-être que, dans le Latin classique, cela signifie simplement « parler ». un orateur n’est ni plus ni moins qu’un « parleur » et non un « prieur »).

Un narrateur, en l’occurrence un fantastique acteur de la Comédie Française, déclarant des textes, des lettres, des annotations d’un journal intime, des discours de Napoléon.
Les textes portent sur tout ce que l’on sait de Napoléon : son arrivée en France, son couronnement, ses amours, ses guerres, ses victoires et ses défaites, son exil à Elbe et à Sainte-Hélène. Pour accompagner le tout  Bruno Coulais a composé – pour Orchestre mais aussi pour A Filetta – une musique pragmatique mais surtout fascinante.

C’était comme toujours : une salle comble, jusqu’au dernier fauteuil, qui du début à la fin était plongée dans un silence profond. On aurait pu entendre une aiguille tomber. Et comme nous pouvions nous y attendre : une exécution parfaite pure, et d’une qualité à vous émouvoir, Formidable !

Nous sommes retournés au pays avec la tête pleine de chansons et le cœur plein de souvenirs.
©Gerard van den Heuvel mars 2017 Laon

Comptes-Rendus Apocrifu:

A dire la vérité, nous avions acheté les billets pour Apocrifu uniquement parce que il y aurait A Filetta, pourtant une raison qui suffisait largement, et nous étions très contents aussi de participer au Brighton Festival avec son directeur invité Aung San Suu Kyi. Ce que nous découvrions en regardant le déroulement d’Apocrifu était toutefois un mélange artistique très riche et bien au-delà de  ce que nous pensions..

On avait  pensé évidemment  à la danse moderne accompagné de la musique d’A Filetta. On connaissait déjà le style perturbant et émouvant d’A Filetta et la chorégraphie innovatrice de Sidi Larbi Cherkaoui et son message puissant ne nous surprenaient guère. Mais le style de danse distinctif de Cherkaoui et ses compagnons Dimitri Jourde et Yasuyoki Shuto fut à la fois non conventionnel et étrangement familier, et nous attira inexorablement vers l’action du spectacle.

Mais ce n’était pas tout. Ce n’était pas que de la musique avec de la danse, il y avait du théâtre aussi. Et ce n’était pas seulement dans l’usage des accessoires (des livres figurant comme des marches, des menaces et des murs), mais aussi la communication parlée qui nous racontait des petites histoires et qui nous faisait rire. Et ces danseurs habiles n’étaient pas seulement des acteurs et des comédiens, mais aussi des superbes marionnettistes, qui travaillaient avec leurs copains en bois avec la même aisance qu’avec leurs propres corps.

La fusion et la mélange extraordinaires de différentes formes d’expression artistique incorporaient A Filetta également. La danse assez souvent n’emploie la musique que comme fond musical, comme accompagnement, comme système de support. Dans Apocrifu, au contraire, A Filetta joue un tout autre rôle. Les chanteurs font partie intégrante du spectacle, sont chorégraphiés eux aussi, sont visiblement concernés, les sept hommes chantant et bougeant ensemble comme individuellement, participant à la danse, contribuant au drame. Leur présence entière – visuellement comme auditivement –  est combinée avec celle des trois danseurs afin de créer une entité artistique étonnante.

Le spectacle entier était d’une telle profondeur que je n’ai probablement vue et appréciée qu’une toute petite fraction de ce qui se passait sur scène. Il faudra voir Apocrifu encore une fois – et encore et encore.

©Helen Neve mai 2011 Brighton, Angleterre

Apocrifu ©KoenBroos

Depuis le moment où j’ai entendu les premiers sons et vu un danseur sur l’escalier j’ai oublié de respirer, c’était comme si j’étais seul.
Je savais que la représentation serait intense (en lisant le compte-rendu d’Ep sur notre site), mais ce que j’ai vu a dépassé mes attentes. Je fus totalement impressionné par le mouvement des danseurs, impressionnants de souplesse et de vitesse.

Jamais auparavant je n’avais vu la force “du livre”, si expressif, le livre pour accéder à l’autre, comme arme, comme une ‘stepping-stone’.
Le jeu de mains des danseurs avec les livres fut absolument sublime, je suivais les mains et fus subjugué de voir que chaque danseur finit par retrouver son propre livre.

Pendant toute la représentation j’ai vu beaucoup de symboles, il y eut  très peu  de paroles mais il fut beaucoup dit.

J’eus des frissons lorsque l’un des danseurs fut banni par les autres, ce sentiment fut renforcé par la monodie de Jean-Luc et tout de suite enchaîné par Benedictus ensemble avec les autres voix d’A Filetta.
Les chants d’A Filetta prolongent l’émotion de ce que je vis sur le podium.

Il se passe tellement de choses sur scène que j’ai eu peu de temps pour regarder A Filetta, mais je n’ai pas manqué une seule note.

L’atmosphère devient de plus en plus furieuse, intense et lorsque le dernier danseur se déplace avec de plus en plus de difficultés le chant devient plus intensif.
La toute dernière image me coupe le souffle, et d’un seul coup je me rends compte que je ne suis pas seul, on entend un soupir dans toute la salle.

Apocrifu, les mots non prononcés qui raisonneront longtemps.
©Laurent Lohez octobre 2009 Anvers

Apocryphe

Les mots. Tu peux les lire, tu peux les avaler. Tu peux en faire des jeux, tu peux te mettre en guerre pour eux. Les mots peuvent être seuls ou avoir beaucoup de signification. Tu peux les plaquer quelque part, tu peux les jeter et tu peux les prendre à contrepied . Le dernier cas est évoqué par le chorégraphe  Sidi Larbi Cherkaoui avec sa représentation  Apocrifu, littéralement.

Il est vingt-trois heures moins cinq, un samedi pluvieux, dans un théâtre bâti sur le lieu d´une ancienne remise de tramways de Düsseldorf. Enfin, les rideaux s´ouvrent. Sur l´estrade sept chanteurs, trois danseurs, une poupée et des livres, beaucoup de livres.

Définition d´Apocryphe : C´est un terme repris par un certains nombres de livres qui nous considéraient comme des éléments de la Bible, mais qui n’étaient pas authentifiés par les canons de la Bible. Il existe aussi une connotation toute simple. Le mot Apocrief est issu du Grec « apokruphos » qui signifie : secret, caché.

Sur les planches se déroule un combat fougueux pour la vérité (cachée). Les danseurs se roulent dans la poussière, ils tourbillonnent dans la sueur pour pouvoir entrer ensemble en contact. Ils cabriolent, ils tapent des pieds en rythme, ils se battent pour leur égalité. Ils ne peuvent pas s´entendre. Bien sur que non. Les livres, qui au début formait un sentier vers l´autre, sont utilisés comme projectiles. Fragile est celui qui dit la vérité, même s´il est de bois. Là, le sabre se met en action. Les livres sont transpercés. Tous ceux qui ont une opinion doivent mourir. L´épée est-elle plus forte que la plume ?

Applaudissements.

Attendez, l´histoire n´est pas encore finie. Nous avons oublié les bruits qui l´accompagnent. Sans pitié les oreilles enregistrent les coups que les danseurs portent avec leurs pieds, mais aussi parfois avec leurs genoux qui retombent lourdement sur le sol. Mais surtout on entend les clochettes pendues à leurs jambes dont ils essaient de se débarrasser. Il sanglote, à bout de souffle. Sa peine est pratiquement palpable. Il doit justement être le premier à souffrir dans le « survival of the fittest » (la survie du plus fort) qui s´en suit.

Ovation debout.

Nous avons encore omis quelque chose. La merveilleuse musique. Elle est prise en charge, en Live, par les sept chanteurs d´A Filetta. Le chant polyphonique de ce groupe Corse ne produit pas uniquement la chair de poule dans les églises ou dans les chapiteaux de cirque. Dans le Tanztheater de Düsseldorf, il est démontré pourquoi le célèbre compositeur de musique de film Bruno Coulais a plongé à plusieurs reprises dans les studios avec A Filetta. L´intensité du chant s´acclimate parfaitement aux images qui interpellent les émotions. Du partenariat entre Sidi  Larbi Cherkaoui et A Filetta résulte une synergie inconnue, surtout aussi parce que les chanteurs se comportent comme des pièces d´échec géantes dans cette chorégraphie imaginaire d´Apocrifu.

Inclination.

Finalement, il reste la retraite honteuse du dernier survivant, qui monte l´escalier. Arrivé en haut, il n´hésite pas une seconde et se jette dans les sons d´A Filetta agonisants et gémissants dans les profondeurs. On pourrait assassiner les autres, mais cela n´avancerait à rien, parce que l´on est déjà seul. Chacun pour soit,  nous sommes enfermés dans les cabines d´isolement de notre propre perception. Pour ce qui est de la vérité nous n´arriverons jamais à nous mettre d´accord puisque nous ne sommes que de simples mortels.

Rideaux

©Ep Meijer november 2008 Düsseldorf

Comptes-Rendus Requiem:

“Agnus Dei” – Di Corsica Riposu, Requiem pour deux regards

“Ringrazii di core”
©Marilena Verheus, l’Aghja, Ajacciu 11 april 2011

“Je ne veux rien dire, je veux tout simplement repenser au concert le plus intime, le plus intense, le plus majestueux auquel j´ai assisté… ”
©Suzan Lohez, Bouffes du Nord, Parijs 25 april 2011

Théâtre Des Bouffes du Nord

 

“Parfois c´est mieux d´attendre, de ne pas réagir directement ou dans mon cas de faire un compte-rendu. Mais après pratiquement une semaine, je ne peux pas faire autrement que de placer ceci ici…  (corsicaprikbord.nl)  C´est ce que j´ai écrit lundi soir après le concert d´A Filetta à Paris:

Je suis sous le choc ! Presque cinquante ans et j´ai vu ce soir le plus beau concert que j´ai jamais vu. Pas au stade de France, ni le Gelredome, ni le Vorst Nationaal, ni Werchter, ni le palais des sports d´Anvers. Pas d´U2, pas de Springsteen, pas des Rolling Stones, pas de Prince ou d´une autre grande star…
Mais bien d´A Filetta dans l´incroyablement magnifique et très petit “théâtre des Bouffes du Nord” à Paris. Affreux vu de l´extérieur, avec les bruits de la station de métro  ‘la chapelle’ en arrière plan, les klaxons des scooters et des autos, l´atmosphère normale d´une grande ville.

A l´intérieur, silence total et d´une beauté impressionnante ! Au milieu, un petit podium, tout autour des murs rouges sang de bœuf, érodés de-ci de-là par le temps passé, comme je l´ai vu à Pompéi dans la villa dei misteri. Colonnes et dôme me font penser à cette vieille mosquée d´Istanbul et voilà que le concert commence !

Je sais, que j´ai pleuré, d´émotion, saisi, par une émotion pure, de grosses larmes sur mes joues mais je n´étais pas le seul.

Je ne sais pas, si j´ai continué à respirer après les premières minutes , complètement emporté par A Filetta et Daniele di Bonaventura au bandonéon.

Intime, modeste, sombre, triste, saisissant, comme il se doit pour un requiem…
Les sept, chanteurs vêtus de noir, complètement immergés dans la musique, parfois solitaires, et de nouveau s´accolant, se serrant, se soutenant, le bandonéon gémissant, soufflant, grinçant, le public silencieux.

Notte Tralinta, Kyrei, Figliolu d’Ella, Meditate, Agnus Dei, Altrunimu, In Paradisum … Vivre c´est de toute façon aussi mourir.

Après le concert, je n´arrive pas à trouver le sommeil, la musique trotte toujours dans ma tête.

A Filetta – Di Corsica Riposu, Requiem pour deux regards Plus beau que ça n´existe pas. ”
©Eric Viskens, Bouffes du Nord, Parijs 25 april 2011

Comptes-Rendus NBE & A Filetta:

Concert « Pleure, lamente, prie et aime » le 11 mars 2011 à Haarlem
« Un vaste demi-cercle en arrière-plan : les places pour les musiciens du NBE. Devant eux: une sorte de grand et sombre mannequin surmonté d´une auréole blanche. Les effets lumineux de cette figure seront plus tard le partenaire du bassoniste qui jouera en solo, le « Ricercare pour basson et lumière ». Au premier plan: les pupitres pour le petit demi-cercle habituel des chanteurs d’A Filetta. Une attente impatiente. Pour assister à ce concert j’ai parcouru 250 kilomètres depuis l’Allemagne.

Musique! Jean-Luc entre en scène, chantant, tout seul. Il est bientôt suivi par un contrebassiste et un joueur d’un instrument à vent, et successivement par les autres chanteurs d’A-Filetta et les autres instrumentistes du NBE, tous chantant et jouant jusqu’à ce que tout le monde ait atteint sa place. La musique continue, pendant que le joueur de hautbois du NBE prend la parole pour déclamer un texte, court et plein d’humour qui donne à réfléchir. Le Monde explosera-t-il demain à l´heure du café ? Et de la même façon, dans l’ordre inverse, le concert se terminera plus tard. Entre ces deux moments : une heure et demie de musique sans interruption – un travail d´équipe constant entre musiciens et chanteurs, avec des arrangements très créatifs et sans qu’un groupe ne domine l’autre. Ernst Reijseger a composé des morceaux spécialement pour ce concert, mais il a aussi agrémenté les chants d’A Filetta avec l’accompagnement du NBE en arrière plan.

La polyphonie des voix se lie intimement aux instruments tels que la clarinette basse, le trombone, le hautbois ou le violon. Tantôt ce sont les membres d’A Filetta qui déroulent leur tapis de timbres sous les accents sonores déchirés et plaintifs du NBE, tantôt le NBE ajoute des notes nouvelles aux magnifiques chants d’A Filetta tel que “L’Arditezza», «Treblinka» ou «Liberata». Et quand un hautbois pleure ou qu´un trombone sentimental prend la place du solo de Jean-Claude, ce sont des moments extraordinaires. Avant la fin du concert, “Sub tuum” – impressionnant ! Un petit « bravo » m’échappe, bien qu’il n’y ait pas d’applaudissements entre les morceaux.
A la fin, une standing ovation et des applaudissements enthousiastes à n’en plus finir ! Et le public n´est rassasié qu’au moment, où il est invité à se rendre dans le hall d’accueil pour un petit bonus musical. On peut y rencontrer les musiciens (et obtenir leurs beaux autographes). Les chanteurs d’A Filetta sont très sympathiques!

Et je n’ai pas encore raconté la chance que j´ai eue ce soir-là : ma place dans la salle du concert était bien au premier rang, mais bien trop vers la gauche, et au début du concert, j’ai réalisé tout de suite, que je ne pourrais voir uniquement les dos de Maxime et de Ceccè. Quel dommage ! Mais quelle merveille : en plein milieu du premier rang, directement en face des chanteurs, quatre sièges sont restés vacants. Et lorsque deux autres spectateurs s’y sont rapidement glissés, dans le noir, j’en ai également fait de même. Et me voici, à moins de deux mètres d’A Filetta – je ne pouvais à peine y croire : chaque mimique du visage, chaque geste, chaque contact visuel, chaque note murmurée… c´était comme un cadeau – un coup d’œil souriant de Jean-Claude inclus ! Je n´oublierai jamais cette soirée!
A Filetta a montré, une fois de plus, à quel point ils sont capables de capter les nouvelles impulsions des autres musiciens. Ensemble, le NBE et A Filetta ont enchanté le public. »
©Gabriele Mertens, Allemagne

NBE & A Filetta« Vendredi soir 11 mars à Haarlem mon mari et moi avons grandement savouré la représentation du Nederlands Blazers Ensemble A Filetta Pleure, lamente, prie et aime.
Vieux sons dans un nouvel emballage. Les cuivres et les chanteurs se complètent très subtilement, c´est de la vraie « Musique ». Merci. »
©H. Spaanderman, Uitgeest

« J´ai trouvé la musique jolie! Cela commence doucement et avec l´orchestre cela devient de plus  en plus animé et de plus en plus fort. J´adore la grosse caisse, et le violon pouvait produire des sons étranges que j´ai bien aimé. C´était comme si nous étions dans une grande église, à cause de la lumière, comme les vitraux d´une église. Après la grosse caisse, j´ai trouvé que le hautbois était le plus joli, surtout quand le hautbois a joué seul avec A Filetta. »
©Julien Lohez 7 ans

« Dimanche: nous nous connectons prématurément sur NL1 (ndlr: Télévision  Néerlandaise) et nous tombons en plein milieu d´une représentation d´un groupe d´hommes. Très vite je reste le souffle coupé et fascinée je regarde A Filetta, que je n´avais jamais encore entendu auparavant. Lorsqu´il est annoncé que ce groupe se produira demain à Arnhem, avec un autre fantastique groupe de musiciens, je regarde mon mari et décidons qu´il n´y ait aucun autre rendez-vous qui puisse faire le poids contre une soirée de régal avec cette musique. Et nous l´avons savourée ! Fantastique ! La salle n´était pas complète, mais lorsque les applaudissements ont retenti, il me fut soudainement évident que beaucoup d´autres, avec nous, avaient également savouré. Jusqu´à ce moment la salle était restée muette pendant une heure et demie. Quelle superbe musique, quelle fête. Ce n´est surement pas la dernière fois que nous aurons savouré A Filetta ! »
©Mariëtte Custers, Arnhem

« Je n´ai jamais applaudi aussi fort et aussi longtemps après un concert ! »
©Cobi, Groningen

« Hier soir, nous avons vu et écouté un concert magnifique à Zoetermeer. Au début, je craignais un peu que la violence des musiciens du NBE noierait l´A Capella d´A Filetta. Mais ce ne fut pas le cas. Une bonne balance. On voit le respect pour chacun et aussi qu´ils savourent la musique de l´autre. Une heure et demie de grande classe ! »
©Harry & Rika, Zoetermeer

« Un par un – mélangés les uns aux autres – les chanteurs d´A Filetta et les musiciens du Nederlands Blazers Ensemble arrivent sur le podium et commence alors une soirée de musique à couper le souffle. Saisissante depuis la première minute et saveur intense.

Un décor sobre, tous vêtus de noir, projection de vitraux sur les murs latéraux du théâtre.

Parfois une combinaison étrange entre la « musique citadine » moderne et nerveuse du NBE et les chants de l´ancienne polyphonie Corse. Une fois c´est A Filetta qui prend le dessus, une autre fois ils ne font que pleurer avec le NBE, le contraste ne peut pas être plus important. A la fin du concert c´est à juste titre qu´ils reçoivent une standing ovation.

A la fin du concert, dans le foyer, les musiciens du NBE jouent encore quelques morceaux et A Filetta encore un chant. Pendant les deux heures de route, pour le retour en Belgique, nous sommes restés silencieux savourant le concert. »
©Eric Viskens, Belgique

« J´ai, Lieve van Voorthuijsen, participé à la ‘Demi-heure. C´est un projet avec le Nederlands Blazer Ensemble. Nous devions faire notre propre représentation sur le thème Pleure, lamente, prie et aime. C´était vraiment super ! Après notre représentation, nous avons pu nous assoir dans la salle et écouter le NBE et A Filetta. J´ai été émerveillé. Quand A Filetta a commencé à chanter, j´étais bouche bée. Leurs voix, ensemble, étaient tellement belles que l´on aurait dit qu´il y en avait qu´une. Je ne comprenais pas ce qu´ils chantaient, mais cela semblait très émouvant, comme s´ils étaient un seul et même avec la musique. J´avais l´impression qu´ils ne chantaient pas un texte mais qu´ils traduisaient leurs émotions par des sons musicaux. On entend leurs émotions retentir dans leur chant. J´ai beaucoup apprécié. »
©Lieve, élève du Premier Lycée Chrétien d’Haarlem

« Le 12.03.2011 à Zoetermeer, nous avons assisté et savouré le magnifique concert d´A Filetta en collaboration avec le Nederlands Blazers Ensemble.
D´une beauté inconnue et ça chez les « nordistes » dans un théâtre Néerlandais. Malheureusement le son était un peu trop sec. Nous préférons le son d´une gigantesque église en France. Nous les rajoutons à notre liste de polyphonie Corse avec Jean-Paul Poletti, Nadine Rosello et Barbara Fortuna. »
©Loes&Cees den Hollander

A cappella Corse comme un rituel d’adieu et de deuil
©René van Peer

Pleure, lamente, prie et aime. Nederlands Blazers Ensemble avec A Filetta.

Un concert avec le groupe de chant a cappella A Filetta nous rappelle la veille des morts. La polyphonie corse traditionnelle, qui dérive de la musique liturgique ancienne, comprend la lamentation et le chant religieux. La mélodie principale court le long de sentiers sinueux sauvages, parfois soutenue par une deuxième voix. Les autres chanteurs embellissent l’ensemble avec de longues lignes d’une alternance d’accords variés avec un timbre doux, rauque. Les musiciens tantôt entourent le chant comme un halo sonore, tantôt flottent en solo au-dessus de lui. Mesurée de temps à autre par des coups mats sur la grosse caisse, la musique se déploie à un rythme contemplatif, ce qui convient merveilleusement à un rituel d’adieu et de deuil.
Les chants des Corses, écrits pour la plupart par le chef de l’ensemble Jean-Claude Acquaviva, s’enchaînent sur des compositions de Ernst Reijseger, renommé pour ses improvisations et sa musique de film.
L’arc de tension se maintient par le jeu équilibré de Reijseger, jeu varié et plein d’émotion. Même les longs silences n’entraînent pas d’applaudissements précoces.
Cet article a été publié dans NRC Handelsblad le lundi 14 mars 2011, page 22 – 23

Voix décapantes et poignantes

Cela vous prend jusqu´à la moelle des os lorsque les sept hommes d´A Filetta entonnent leurs lamentations. Les voix de l´ensemble Corse sont décapantes et poignantes. Les musiciens du Nederlands Blazers Ensemble apportent ici et là une douce liaison ou accentuent les expressions avec des sons menaçants.
Les textes Corses sont incompréhensibles mais leur contenu se laisse facilement deviner. Ici, on y souffre ; ici, on y raconte des atrocités. Les gestes des chanteurs en disent long : des visages déchirés par la douleur, mains portées à la tête, un bras de réconfort passé sur l´épaule.
Jean-Claude Acquaviva et ses hommes font revivre depuis trente ans ce chant traditionnel Corse vieux de plusieurs siècles.
Bart Schneemann, joueur de hautbois et directeur artistique du Nederlands Blazers Ensemble, tombe lui aussi sous le charme  et décide de s´associer à A Filetta. Le NBE estime que les frontières entre musiques du Monde et compositions classiques, théâtre  et concert sont faites pour être abattues.
C´est ainsi qu´il en est pour le programme «Pleure, lamente, prie et aime », qui a le caractère d´un rituel impressionnant. Au début, les musiciens arrivent les uns après les autres en chantant, et se retirent à la fin aussi les uns après les autres.
Ernst Reijseger a su créer une osmose entre les chants Corses et ses propres compositions tout en ajoutant des fonds instrumentaux. Elles ont leur propre style avec un violon fantôme, des cuivres soufflant de faux airs, des rythmes vigoureux, des coups de tambours menaçants et un duel ludique entre un basson et une icône illuminée. Mais par une ambiance sombre et des sons de couleurs sombres, elles s´associent magnifiquement au chant d´A Filetta.
Le NBE étend les frontières aussi sur le niveau éducatif. Avec le premier volet du programme « het half uur » (La première demi-heure), la compagnie attire les jeunes non seulement dans les salles mais aussi sur la scène. C´est ainsi que les élèves du Premier Collège Chrétien ont donné leur propre interprétation du thème « Pleure, lamente, prie et aime ». Avec des sketches et des chansons, ils ont revisualisé les années de 1960 à 2011. Ils chantèrent en rap : « La jeunesse d´aujourd´hui a perdu de la Culture. Leur goût pour la musique est complètement gâté ». Mais avec le NBE, ils n´ont pas besoin d´avoir peur.
©Winand van de Kam. Cet article a été publié dans Haarlems Dagblad le lundi 14 mars 2011, page 13

Comptes-Rendus Spitalfields Music Winter Festival:

Depuis le sol Corse

Si vous vivez en Angleterre et que vous aimez la musique Corse, des concerts proches de chez soi sont rares, alors un concert d´A Filetta à Londres, à l´église Christ Church Spitalfields, promettait d´être un véritable cadeau de Noël.

Descendre la rue vers l´église fut un merveilleux début de soirée. L´église du XVIIIème siècle était illuminée et la flèche nous dominait dans le ciel nocturne. Christ Church Spitalfields fut dessinée par l´architecte Britannique Nicholas Hawksmoor (un contemporain de Sir Christopher Wren), dans l´idée d´offrir suffisamment d´églises aux « Godless thousands » (milliers de dissidents) qui vivaient juste aux abords de la ville de Londres. La plus grande partie de ces « milliers » était composée de tisserands Huguenots Français, qui venaient d´être expulsés de France. Quel lieu intéressant pour un groupe venu de Corse!

A l´intérieur, nous prenons place dans l´immense nef, écoutant les bribes de conversation de nos voisins dans le public – la plupart en Anglais mais quelques unes en Français également. Notre petit groupe, deux d´entre nous fans d´A Filetta et la troisième était venue par curiosité et j´étais curieuse de voir ce qu´elle en penserait.  Ce sera A Filetta sans fioritures – pure a capella musique du fin fond de la Méditerranée.

Le concert était basé sur le programme de Bracana d´A Filetta et a commencé avec O Salutaris Hostia. Je fus surprise – pas déçue – mais surprise lorsque, malgré le superbe chant attendu, les premières notes n´ont pas eues, sur moi, l´impact émotionnel et physique habituel, cet impact que j´attend désormais de la musique Corse. Je dois être fatiguée, pensais-je et me réinstallais pour apprécier le concert quoi qu´il en fut. Je ferme les yeux et laisse la musique me transporter. Ensuite A Paghjella et l´Agnus Dei et j´entr’aperçue la Corse. Le public était conquis et applaudit avec enthousiasme. Le Benedictus commença et je réalisais soudainement que mon cœur et que mon estomac, comme d´habitude, étaient retournés, et je laissais alors Londres loin derrière moi. A Filetta venait de produire un miracle Corse, bâti sur le suspense, nous rapprochant les uns des autres et surmontant le problème – surprenant l´acoustique difficile. Quel triomphe!

Après ça mes yeux étaient grand ouverts! Nous étions capturés par le complexe tissage des notes et des syllabes, le subtil entrejeu sonore et visuel. Les saveurs de  Meditate et le Figliolu d’ella de Jean-Claude Acquaviva; la fascination des ces voix familières passant à un autre pays et à une autre culture pour chanter  Makharia, la prière Géorgienne.

Nous les avons appréciés et bien sur ils nous ont offert un rappel. Notre amie fut captivée et enthousiaste. Plus tard nous avons eu la chance de pouvoir échanger quelques mots avec les chanteurs et nous ne fumes pas surpris d´entendre Jean-Claude Acquaviva nous dire à quel point la sècheresse de l´acoustique avait nécessité toute l´expérience d´A Filetta. Et ils ont très certainement réussi. Bravo!
©Helen Neve, decembre 2010

Comptes-Rendus Johanneskirche:
Johanneskirche - Düsseldorf

Sette

Sette omi ind’u coru
Tutti vistuti di neru
Chjodu l’ochji, m’innamoru
Nasce un amore veru
Voce di passione piene
Cantanu i so guai è pene

Ind’a ghjesgia alimana
Ùn si sente manc’un ansciu
S’intravede a forza arcana
È lu cantu dolce è lisciu
Trà lu soffiu è l’ardore
Ci diventa spannacore

Visi sette, sguardi sette
Sprimenu dulore è pace
Emuzione da riflette
In ogni stonda fugace
Ochji chjosi o spalancati,
Sguardi sette incantati

Cenni piatti o palesi
Mai si ferma lu currente
Mani in ballu, corpi tesi
Strinte leste ma putente
Linda corre l’energia
È face nasce a magia

Fora u tempu  s’hè piantatu
Ùn estiste chè stu tempiu
Locu di cantu beatu
Di l’armunia esempiu
Ci rallega a passione
Tutt’inseme in cumunione

Sept

Sept hommes dans le chœur
Tous vêtus de noir
Je ferme mes yeux, tombe amoureuse
L´amour sincère voit le jour
Des voix pleines de passion
Chantent leurs revers et peines

Dans l´église Allemande
On n’entend même pas un souffle
On devine la force secrète
Et le doux chant qui s´écoule
Fait, entre soupir et ardeur
S´ouvrir tous les cœurs

Sept visages, sept regards
Expression de souffrance et de paix
D´émotion, à réfléchir
Dans chaque moment fugace
Yeux, fermés ou grands ouverts
Sept regards envoûtants

Gestes, visibles ou cachés
Jamais le courant ne s’arrête
Mains dansantes, corps tendus
Rapides mais puissantes accolades
Une énergie pure qui coule
Et donne naissance à la magie

Le temps dehors s´est arrêté
Uniquement cette église existe
Place de chant divin
Exemple d´harmonie
La passion nous lie tous ensemble
Dans une même émotion

©Marilena Verheus, Septembre 2010

Comptes-Rendus Hasselt:

La chair de poule reste.

C´était il y a une vingtaine d´années passées, j´allume la radio, une station Belge, et je ne sais pas ce que j´entends. Ce sont des hommes qui chantent, a capella, des voix qui se succèdent et qui s´entremêlent. Cela à un soupçon de chants monastiques moyenâgeux, mais pas complètement et on ne peut pas le décrire non plus comme une musique Arabe. C´est très court, apparemment je tombe sur le dernier morceau. Y en a t´il davantage encore ? Non, la présentatrice prend la parole. J´ai juste le temps de gribouiller sur un petit morceau de papier : « polyphonie Corse ».
Pas très longtemps après, je suis chez un ami, un amateur de musique folklorique. Il dit : « maintenant, je vais te faire écouter quelque chose…! ». J´écoute, prend un visage comme si cela est normal et dit, c´est de la polyphonie Corse. Il est naturellement perplexe, comment pouvais-je le savoir. Mais entre temps j´étais mordu par la polyphonie Corse. Le premier CD que j´ai acheté fut Ab Eternu d´A Filetta. Je dois dire ici avoué honnêtement qu´à ce moment je ne savais pas si Ab Eternu était le nom du CD ou du groupe.

Bon, c´était autrefois. Aujourd´hui, après tant d´années et une quarantaine de CD de musique Corse plus tard, A Filetta, dans son genre, reste pour moi le top-ensemble. Ecouter l´une de leurs musiques est un régal. Un concert, comme celui d´Hasselt, est une expérience par laquelle je suis touché au cœur via mes oreilles. Le lecteur comprend entre temps que l´auteur est impartial.
Le premier concert d´A Filetta, auquel j´ai assisté, fut en 2006 en Corse, à Calvi. C´était le projet Médée. Tout le concert, tendu par le suspense, au milieu d´un public muet tel un silence de mort. Pas d´applaudissements entre chaque morceau, mais un public concentré qui regarde aussi. Quand les applaudissements retentissent on se réveille ayant l´impression de revenir d´un autre monde. Pour ce qui est de regarder, il y a quelque chose à voir avec les sept chanteurs qui, comme aujourd´hui à Hasselt, sont disposés épaule contre épaule dans un demi-cercle, portant généralement des chants à teinte religieuse ? La réponse est : effectivement. Jean-Claude Acquaviva est tel une source entraînante et inspirante. Il fait en sorte que sa gestuelle et ses mimiques soient constamment vraies. Le chant Corse est hautement chargé d´émotion. J´entends complaintes, cris de joies, pleurs. Tout cela se lit sur l´attitude, les expressions visuelles, la gestuelle des bras, des mains et des doigts de Jean-Claude Acquaviva. Le groupe est apparemment entraîné naturellement, le timing est parfait.
Les signaux sont retransmis d´homme à homme, un bras est passé sur le dos du voisin, cela renforce davantage la solidarité. J´imagine que des questions de tempo, rythme, volume sont ainsi traitées. Je ferme les yeux et me concentre seulement sur la musique, et j´entends alors un chant que l´on peut qualifier de virtuose. Mais j´entends bien que cette virtuosité n´a pu être formée que par de longues années d´expérience, qui ne sont pas au détriment du véritable message. Pour moi, ce message n´est pas seulement le texte mais l´impression qu´il est contenu dans cette enveloppe.

D´après tous les ensembles Corses que je connaisse, c´est justement A Filetta qui est le plus en mesure d´utiliser la voix humaine de cette façon, que l´émotion touche le public qui écoute. A Hasselt toute la variété de fort, de doux, de rapide et de lent est passée en revue. Variation, aussi dans l´occupation des places, de temps à autre un ou plusieurs chanteurs de l´ensemble se retire. Certains passages sont chantés si doucement que je ne peux les décrire que par les termes frêle et fragile. Les tons sont très souvent rallongés. Pour moi, un signe distinctif du son A Filetta. Il semble que personne ne bouge dans la salle et que chacun retienne son souffle. Il n´y a plus rien, que la musique et moi.
J´entends le solo de Jean-Luc Geronimi. Sa voix me fait penser à la gestuelle du vol d´un papillon. C´est aussi le son que j´associe avec tendresse, fragilité. Avec le concert de ce soir, je ressens de nouveau à quel point ce groupe sait faire vivre et rendre intéressante la tradition folklorique alors qu´elle tombe souvent dans l´oubli. Alors que de nouvelles compositions et nouveaux arrangements n´entachent pas cette tradition.

Eh, et oui, puisque nous étions aujourd´hui en Belgique, la prochaine soirée sera le concert suivant de Turnhout. Un peu trop de la même chose? Non, pas du tout, savourons deux fois!

Vous n´avez pas encore assisté à un concert d´A Filetta ? Soyez prévenu, cela peut avoir un effet dépendance !
©Frans Dingemanse, 4 avril 2010

Comptes-Rendus Sfinksfestival:

Quand les anges descendent sur terre

«Ce sera dur» me glisse Jean-Claude Acquaviva en marchant en direction du chapiteau où lui et les six autres chanteurs d’A Filetta se produiront. Cette scène se passe au festival Sfinks, près d’Anvers et cela n’est pas exactement les meilleures conditions pour un genre de musique qui date du onzième siècle : la polyphonie.
«Effectivement ce n’est pas une église» dis-je en blaguant, «où sont les clowns ?»
Jean-Claude est levé depuis quatre heures ce matin et il rit comme quelqu’un qui a une rage de dents.

Une heure plus tard. Un public d’environ un millier de personnes prend place dans le chapiteau quand les sept Corses, vêtus de noir, pénètrent sur le podium. Les échos d’autres musiciens et le brouhaha des festivaliers forment une irritante toile. Mais Jean-Claude sort de la poche de sa chemise un diapason et il le cogne contre sa pommette, après quoi son visage entreprend une remarquable transformation. Est-ce une grimace due à la douleur, ou à la passion ? Aussitôt les sept hommes commencent à chanter. Cela ressemble à des gémissements, on peut y reconnaître des gens Géorgiens, mais aussi des influences arabiques. Plus que tout c’est superbement envoûtant. Ma gorge se noue et si je regarde autour de moi, c’est la même chose pour les autres spectateurs.

©SuzanLohez, Sfinksfestival 2008

Les échos, le brouhaha sont toujours audibles mais au gré de la représentation le chapiteau prend une autre dimension, où d’autres règles prennent place. Le public, les chanteurs eux-mêmes, personne n’entend plus le bruit en arrière plan. Il n’y a que les sept voix d’A Filetta qui donnent le ton. Entre les chants le public réagit par de nouvelles avalanches d’applaudissements. Devant moi, un homme s’étend sur le dos, et ferme les yeux tout en savourant. A côté de moi, je vois des larmes couler sur les joues d’une femme. Et moi ? Je constate que ma bouche reste régulièrement ouverte, et que j’ai la chair de poule

Le chant final. Les sept voix s’estompent jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’un murmure audible. A ce moment là, j’en suis sûr : il y a des anges qui sont descendus sur terre. Reconnaissant, le public manifeste son enthousiasme. Tout aussi reconnaissant Jean-Claude et les siens reçoivent l’ovation des spectateurs.

A la fin du concert, je demande à Jean-Claude «Et alors, cela a été dur ?»
Il sourit largement. «Au début oui» admet-il, «mais il s’est alors passé quelque chose»
«Tu as raison» lui dis-je, «le ciel s’est entrouvert»
©Ep Meijer 2008