Si di mè

Si di mè

Que signifie Sì di mè ?
JC Acquaviva: “La traduction qui me paraît la plus exacte est “Tu es des miens, de ma famille”. C’est le sens de l’hospitalité des Corses. Nous avons ici une façon de concevoir le rapport à l’autre comme un rapport de proximité, de solidarité, de partage. Ce n’est pas le fait qu’on ait des chromosomes particuliers, mais nous sommes une petite communauté en
Corse. On se connaît tous. C’est ce qui fait notre force et notre faiblesse. On est tous de la tribu de quelqu’un. C’est souvent pesant. Si di mé s’adresse autant à ceux qui chantent avec nous sur le disque, qu’à ceux qui écoutent le disque, parce qu’on a sans cesse ce sentiment d’être des frères.”
extrait de l’interview de Pierre René Worms pour RFI

1- Ne’n tarra ne’n celu (paroles)
texte: Jean-Claude Acquaviva, musique: Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais
L’apparente légèreté de la musique est démentie par le texte:
« Ni sur terre, ni dans les cieux ne réside mon temps …
Ni sur terre, ni dans les cieux ne s’écoulent mes pleurs …
Ni sur terre, ni dans les cieux … pauvre bonheur ! »
Une chanson sur le sens.

2- Santa R’ghjina (paroles)
texte: Jean-Claude Acquaviva, musique: Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais
Ce morceau, chanté en duo par Jean-Luc et Paul, évoque le défilé de la Scala di Santa Reghjina, que devait emprunter tout voyageur avant l’ouverture de la route au début du XXe siècle.
Le poète Jean-Yves Acquaviva traduit ici la rudesse et la beauté absolue de cette ultime porte qui fascine l’homme et le creuse; il s’incline devant ce bout d’éternité sur lequel ont défilé avec déférence bien des étoiles.

3- Reame meiu (paroles)
texte: Jean-Claude Acquaviva, musique: Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais
Pour quelle raison obscure, la folie des hommes continue-t-elle à confondre richesse et opulence ? Mon royaume c’est moi, c’est ma vie et c’est sans doute un peu ma capacité à accepter que l’altérité aussi me construise.
Difficile équilibre à trouver certainement entre l’autre et moi même, mais équilibre sans lequel, comme le dit Danyel Waro, chanteur réunionnais, je ne serais plus responsable de rien ; pas même de mon bonheur !

4- Affrescu (paroles)
texte: Marcellu Acquaviva, musique: Jean-Claude Acquaviva – Akhenaton – Bruno Coulais
Composé en 1999 sur un texte de Marcellu Acquaviva pour Comme un aimant, ce morceau est ici présenté sous une forme légèrement différente. Il consacre la mémoire et son rôle fondateur dans cette édification perpétuelle qu’est l’homme ; une mémoire en forme de dédale susceptible, si nous le souhaitons, de faire de nous des êtres heureux de continuer à n’être que ce qu’ils sont à condition de l’être pleinement, généreusement et sans complexes !

5- Tra Noi (paroles)
texte: Marcellu Acquaviva, musique: Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais
Un hommage rendu par Marcellu Acquaviva à Antò Francescu Filippini, poète corse, mort en exil à Rome, dont l’engagement pour la défense de l’italianité du corse lui valut bien des souffrances et des déchirements lorsque éclate la guerre de 39 – 45.
Chanté en solo par José. Beau contrechant de Jean-Luc.

6- Dormi (paroles)
texte: Jean-Claude Acquaviva, musique: Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais
Une berceuse à peine rock avec Paul en lead vocal !

7- Tbilissi (invité: Guram Tamazashvili) (paroles)
texte: Jean-Claude Acquaviva, musique: Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais
Cette chanson interprétée par Guram Tamazashvili est un hymne d’amour adressé à la capitale Géorgienne Tbilissi.

8- Si (paroles)
texte : Jean-Claude Acquaviva, musique: Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais
C’est sans doute la chanson la plus folle de cet album aussi bien dans l’écriture des voix que dans celle du texte. Un chant onirique personnifiant le soleil et l’eau et évoquant la solitude du marin en mer depuis l’aube première. Et si cette chanson était tout simplement celle d’Ulysse ?

9- Tempu (paroles)
texte: Ghjuvan Ghjaseppiu Franchi, musique: Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais
Une magnifique chanson chantée en solo par Jean Sicurani sur le temps qui passe.
Des arrangements où la sobriété vocale tranche littéralement avec une orchestration à la fois très dense, très riche et très imagée


10- L’attesa (paroles)
texte: Marcellu Acquaviva, musique: Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais
Toute l’angoisse et le doute sont là, dans ces mots.
Marcellu Acquaviva nous dit avec force que c’est aussi dans la solitude et l’attente que se fondent le rêve et l’espoir ou plus simplement encore l’espoir du rêve.

11- A’laltru mondu (invité: Antoine Ciosi) (paroles)
texte: Francois Vincenti, musique: Dominique Vincenti – arrangement: Bruno Coulais
Il fallait beaucoup de pudeur, d’intelligence et de sensibilité pour évoquer la mort d’un jeune garçon sans « sombrer » dans le pathos. C’est ce que fait ici admirablement François Vincenti : un chant d’amour des cieux vers la terre ; une poésie émouvante grâce à la simplicité et à la justesse de chaque mot.
Antoine Ciosi, par sa voix aux accents douloureux autant que rassurants donne à cette prière la force de la sincérité. Le deuxième couplet chanté par Jean-Claude dégage une émotion sans pareille.

12- Memorie (paroles)
texte: Anton’Francescu Filippini, musique: Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais
Un poème en forme de testament laissé par le poète A. F. Filippini :
« De tant de vie, il ne me reste en mémoire
Qu’une pauvre image ; de tant d’amours
Un nom ou deux ; et de l’enfant turbulent
Que je fus, le seul souvenir d’une blessure »
Un regard désabusé porté sur le temps et sa fuite ; une vision empreinte d’une grande humilité que seul l’âge, peut-être, sait conférer !

13- Visioni care (paroles)
texte: Anton’Francescu Filippini, musique: Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais
Durant son exil à Rome, à travers tous ses écrits, le poète A. F. Filippini n’a eu de cesse de se remémorer son île, à lui arrachée. Le poids terrible de sa propre absence a engendré ses vers les plus poignants. Ici, ils disent tout à la fois la passion, l’adoration, l’admiration qu’il porte à sa terre natale et la douleur incommensurable de la savoir à jamais inaccessible.

14- A’di’ti di tù (invité: Marie-jo Allegrini) (paroles)
texte: Jean-Claude Acquaviva, musique: Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais
Une petite fille vient de perdre son père dans des circonstances tragiques. Sa marraine, elle-même handicapée, lui offre ces mots pleins de vie et d’enthousiasme. C’est l’histoire simple de cette chanson qu’ont commandés l’affection et l’amour.

15- L’Aria (invité: Marie Kobayashi) (paroles)
texte: Orlando Forioso, musique: Bruno Coulais
Marie Kobayashi, mezzo-soprano d’origine japonaise, mêle sa voix à celles d’A Filetta sur cet air de Bruno Coulais, extrait d’un opéra pour enfants dont l’auteur est Orlando Forioso. La princesse Marion supplie ici les compagnons de Robin de la délivrer du méchant shérif.

16- Chjarura (paroles)
texte: Marcellu Acquaviva
musique: Jean-Claude Acquaviva – Bruno Coulais
Cette chanson ne pouvait être que celle de la fin, ne serait-ce que parce qu’elle dévoile des horizons jusqu’ici inespérés. Tout en évoquant la vanité des choses de la vie, rappelant en cela les paroles de l’Ecclésiaste, elle célèbre « des héros partis traquer le vent ». Une ode à la marche, une ode à la vie, dans un climat apaisé.

Tous les textes en Itallique sont des citations de Jean-Claude Acquaviva.


1 Ne’n tarra ne’n celu

Nè in tarra ne’n celu
Sensu passu ùn avarà ?
E case sò quì à curà
Ricordi da sbelu
E’sbagliu d’eternità
Nè in tarra nè in celu
Lu mio tempu si stà

Aghju vistu l’infernu
D’una mamma à u spiccà
E’u surrisu di darnu chì a vulia allaccià
Una ghjurnata tetra
Di quelle chì ponu turnà
Nè in tarra nè in celu
U mo pientu ci và

Nè in celu, nè in tarra
Sò cote à lampà?
Aghju l’anima chì cotra
Forse da l’alta sarra
Quella ch’omu n’ùn sà
Palisatu sicretu…
Corcia felicità

1 Ni sur terre, ni dans les cieux
Le pas n’a-t-il de sens
Ni sur terre, ni dans les cieux ?
Nos maisons veillent jalousement
Sur des souvenirs à faire hurler
L’éternité flouée
Mon temps ne réside
Ni sur terre, ni dans les cieuxJ’ai vu l’enfer
d’une mère anéantie
Et le sourire qui, en vain, tentait de l’enlacer
C’était une de ces journées ténébreuses
Qui hantent chaque retour
Ni sur terre, ni dans les cieux
Mon pleur ne trouve refugeOn ne peut donc jeter de pierres
Ni sur terre ni dans les cieux ?
Mon âme gèle,
Est-ce parce que depuis les plus hautes cimes,
Celles même que l’on croyait inaccessibles
Un secret s’est dévoilé ?
Pauvre bonheur !
2 Santa R’ghjina

Sì di petra zuccata da l’omi è da li venti
I to culori sò quelli ch’è tù t’inventi
Lascendu fà l’ingegnu di e quattru stagione
Ch’intreccia ombra è lume in una strana unione

Si di sicreti persï cù l’anime smarite
Di quelli ch’in le fole s’amentanu e vite
Quelli ch’anu spartutu tempi fà e to stonde
Banditi o pastori l’hai sappiuti asconde

Quantu hai vistu ghjente mancu tù ùn la sai
Ma adopri pacenza è senza stancà mai
Porti u peregrinu à scorbe u Niolu
Cullendu à passi dolci à fiancu à fiume Golu

Sì di caldu chì brusgia à sin’à a ferita
Quandu à e sciappittae a statina t’invita
Di i to ghjargelelli quandu viranu sbuccia
Si movenu e spisce da u ponte à cuccia

Si di cotru lucente à l’ore inguernarecce
Nant’à i to sciappali si spechjanu e trecce
Di isse stelle fughjite induve nimu ùn sà
Elle so l’infinitu, tù sì l’eternità

2 Santa R’ghjina

Tu es de pierres usées par les hommes et les vents
De couleurs inventées par les caprices du temps
De formes façonnées par l’imagination
Tu es ombre ou lumière au gré de tes saisons

Tes secrets sont perdus avec les âmes errantes
De ceux dont l’existence se raconte et se chante
De ceux qui dans le temps ont partagé ta vie
Certains étaient bergers, d’autres étaient des bandits

Combien de voyageurs ton infinie patience
A-t-elle accompagné vers les beautés immenses
Mettant leurs pas dans ceux d’un fleuve appelé Golu
Pour venir découvrir la vallée du Niolu

Ta chaleur est intense, c’est presque une blessure
Lorsque l’été s’enflamme elle devient brûlure
Tes ruisseaux endormis au printemps chanteront
Une mélodie douce, de Cuccia jusqu’au Pont

Le gel te fait miroir aux heures hivernales
Comme pour refléter l’image des étoiles
Qui passent et disparaissent où personne ne sait
Elles sont l’infini, tu es l’éternité

3 Reame meiu

Reame meiu, reame ma
Più s’ammansa lu tempu
Più mi sentu cantà

Sò bramosu è impaziente
Di spalancà cum’è un infierì
reame meiu, reame mì

Reame meiu, reame mò
A; l’orlu di la to ghjeva
Mi staria ancu à paccarò

Aghju giratu tantu
Per infattà ti custì
Reame meiu, reame sì.

3 Mon royaume

Mon royaume, mon royaume si …
Plus le temps s’apprivoise
Plus je me sens chanter

Je suis le désir impatient
De désigner sa joie
Mon royaume, mon royaume te voilà

Mon royaume, donne mon royaume
Les confins de ta terre.
Je m’abandonnerai

Il m’a fallu errer longtemps
Pour te savoir ici
Mon royaume, mon royaume te voici

4 Affrescu

Stu tribbiu chì un ventu hà purtatu luntanu
Storia di l’omi andati privi di u so ribombu
Figlioli di un matticciu chì una sciabula hà tombu
Cascati in u furore di e mosse chì sanu
Quant’ell’hè dolce è lindu u tempu di e speme.

Una spara casa duv’è passasti l’anni
A l’anni accatastati da ghjunghje sin’à noi
E’le petre pisate cum’è stelli d’eroi
Da omi à tesse nebbie da omi à parà danni
Una cù l’altri nati in core à noi inseme

E cispre cù l’arcusgi è l’acciaghju murtale
U fiume chì trascina a libertà culpita
I morgani ind’è l’ochji chjosi nantu à vita
E u sole chì more nant’à un vechju sciappale
Da fà pienghje la terra da fà li dì ghjasteme

L’oramai chì hè di punta à l’aghja nova
Tuttu impastatu à sonnii è à lascite antiche
Quandu si cala u sguardu è vede e vistiche
Di un passatu chì indetta una storia ritrova
Ingarmigliata tutta à ondere è à gemme.

4 Fresque

De sauvages bourrasques au loin ont projeté
Ces pierres de mémoire que sculptèrent des hommes
Eux les fils du granit qu’un glaive a mis à mort,
Au milieu des fureurs des révoltes qui disent
Combien est dense et grand le temps de l’espérance

Depuis toi qui vécus dans cette grotte sombre
Des années puis des siècles afin de nous rejoindre
Et vous autres menhirs aux frontons de héros
Par des mains érigés contre vents et marées
Vous tous tressés et dignes au creux de notre histoire

Puis vint le fracas mortel d’arquebuses et d’acier
Un fleuve qui charria la liberté vaincue
Ces gouffres de regards orphelins de la vie
Et ce soleil mourant sur d’antiques falaises
A faire trembler la terre de pleurs et de blasphèmes

Mais est venu ce temps émergeant des espaces nouveaux
Tout pétri d’héritage et de mondes à créer
Quand des yeux sans bandeaux enfin se dessillèrent
Sur tout ce qui fut tu et criblé par l’affront
Ce temps où s’enchevêtrent le sable et le diamant.

5 Tra Noi

Issa lingua di i mei grazia à voi fù quella
Chì incantava le sere di a mio zitellina
Issa lingua di i mei grazia à voi fù bella
Quarit’un’alba di maghju, un sfogu d’albaspina

Trà noi ci fù lu mare è u tempu chì u face
Trà noi li bisesti di e guerre orrende
Ma ci fù da fà ponte a musa ch’ùn si tace
E parolle di focu, e splendite lucende

Pienghje u murianincu u so figliolu persu
Pienghje a Corsica sana quellu chì si n’andò
In paese di Dante à mantene u versu
Di quelli di una volta, quelli antichi maiò.

Qualsiasi lu locu, u fiume, u paese
Ch’è vo travirsarete in sonniu dopu vita
E brame di u meiu à e vostre sò appese
Da fà compie sta notte chì dura senza lita.

5 Entre nous

Cette langue des miens, fut celle qui grâce à vous
Ensorcelait les soirs de ma candide enfance
Cette langue grâce à vous me paraissait plus belle
Qu’une aube au mois de mai, qu’un bosquet d’aubépine

Entre nous, il y eut la mer et le temps qui la tisse
Entre nous, les ravages de conflits innommables
Mais il y eut aussi le poème incessant
Ces mots de torche vive et ces lueurs splendides

Aujourd’hui notre terre pleure le fils perdu
Et pleure à l’unisson d’une île toute entière
Celui qui s’en alla au pays de Dante
Afin de garder vivant ce qui ici sombrait

Et quels que soient les lieux, les berges ou les rivages
Que vous traverserez dans ce songe d’après vie
Vos pas aux nôtres unis par les chemins iront l’amble
Afin que cette nuit où rien ne vaut s’achève.

6 Dormi

S’hè intratalatu lu ghjornu
S’ammansa folta, la notte
Più sole, più cennu, più sorte
Dormi

Mì chi s’appiccianu l’ochji
E’m’aghju da stà quì à vighjà
A invintà ti tesoru, unu scuruzzulà
Dormi

Cum’ellu deve pienghje è cantà
Brame, u’rè chì n’ùn ebbe
U rè chì n’ùn ebbe
U rè chì n’ù hà
Dormi

Senti, a mo pelle, senti
A mo rima hà da stancià
Dà li tù un basgiu prima cà parte
Eppò dormi ciuccia,
Dormi ghjà.

6 Dors

Le jour a vacillé
Et la nuit s’amoncelle
Le soleil dans sa chute a entraîné la vie
Dors

Regarde, tes paupières au monde font un lit
Moi je reste là, je veille mon trésor
Et le retour que j’inventerai pour toi
Sera dans le souffle d’un papillon frémissant
Dors

Que de pleurs a versé
Que de pleurs versera
Le désir de ce roi malchanceux
Qui ne sût rien de toi
Dors

Ecoute ma chair, c’est mon verbe
Dans la pluie qui passe
D’un baiser apaise sa soif
Puis dors ma vie,
Dors maintenant.

7 Tbilissi

Di u nucente ai li tratti
Battaglie tante u t’oghje hè stancu
Di miseria chì ti volse stà à fiancu
Da l’alba prima sai li patti
Tbilissì

Cum’è un passu ch’ùn s’impaziente
Cum’è un visu ch’ùn s’arritira
Sì tempu chì passa, sì omu chì spira
Patena lasciata da l’eternu errente
Tilissì

Sì sonniu di nottetempu
D’un ansciu forse chì fù
A’mancà mi da anni, da anni è più
Dì mi chì lu to sguardu, ùn era mà cà un frattempu
Tbilissì

7 Tbilissi

Tu as les traits de l’innocent,
Le présent fatigué par tant de batailles ;
De la misère, cette fidèle,
Tu connais les instincts depuis l’aube première.
Tbilissì

Comme un pas qui jamais ne s’impatiente,
Comme un visage que l’on n’exile plus,
Tu es le temps qui se dévide dans le soupir de l’homme
Vestige d’une éternelle errance.
Tbilissi

A la nuit tombée,
Tu es aussi le rêve de cette respiration
Qui m’a manqué depuis des années, des années et plus.
Dis-moi seulement que je ne fus pas à ton regard
La parenthèse d’un spectre.
Tbilissi

8 Si

Si granu a mio casa, di granu
Fragatu da l’antivistu sole
Chì puru di tè n’ù seppe nulla

Sì fola u mio granu, di fola
Innamurata à bagnu
Sott’à e spisce di qualchì rè vadu

Sì fumaccia a mio fola, di fumaccia
Appinnulata si in l’albitru
Chì sgotta bachi da prucaccià

Sì cesta a mio fumaccia, di cesta
Sulcata da e dite in partanza
Ver’di u sbulinchjatu tempu

Sì fanalettu a mio cesta, di fanalettu
Spittinatu chì scrive a so stella
A’i marinari imbariati è soli

Sì donna u mio fanalettu, di donna
Apparinata è nesca
In tresca veghinu l’ore !

8 Tu est

Tu es blé ma maison, blé mordu
D’un soleil avisé,
Qui pourtant de toi tout ignorait

Tu es légende mon blé, légende d’un amour
Qui s’ébat dans le remous des eaux
D’un ruisseau qui s’est fait roi

Tu es brume, légende, la brume qui s’attarde
Dans l’arbousier prodigue
Qui transpire ses fruits

Chevelure ma brume, chevelure,
Retiens les doigts
Du temps dépossédé

Tu es mon phare, chevelure, phare échevelé
Et dans le vent tu inscris son étoile
Au marin hagard et esseulé

Tu es femme, mon phare,
De moi l’autre versant
Femme, file pour moi le temps !

9 Tempu

A vita lega à corda lena
Vanu le stonde par vultà
L’ora si chjama libertà
More la gioia eccu la pena
U tempu corre à corda lena

U tempu corre à briglia sciolta
Porta l’amichi è lu piacè
Si ne vanu luntan’da tè
Quelli d’oghje è quelli d’una volta
A vita fila à briglia sciolta

A vita fila à quella volta
E’ tuttu strappa à longu andà
Forse si chjama eternità
L’ultima stonda chì rivolta
U tempu lega à quella volta

9 Le temps

La vie glisse et lisse la corde
L’instant qui passe reviendra
Ta liberté c’est d’être là
Peines et joies toujours s’accordent

Le temps laisse bien de la cordePuis le temps se tend monocorde
L’ami n’est plus, finies les joies
d’aujourd’hui et d’autrefois
L’instant battant brise les cordes
Des violons qui désaccordent

Car un jour la trame rompra
De ces temps que le Temps ramène
et l’éternité rejouera
la symphonie des heures vaines
Le vieux refrain du temps qui va

10 L’Attesa

Una ripa di terra in core pè l’eternu
E’stu surrisu caru voltu versi l’avvene
Un passu chì andarà senza più malapena
E’l’ochji abbagliulati nantu à u mare paternu
Quant’hè strana l’attesa

Una squatra di fiure più nere ch’è u dolu
Un avvampu di focu chì affoga u rispiru
Tuttu ciò chì si more seza oncia di rigiru
Ogni cennu di vita chì varca u celu novu
Quant’hè strana l’attesa

Un sonniu malandatu chì chjama u terrore
L’ingannu è u vituperiu in tresca pè e cime
U ricordu annannatu da le to ore patime
E’u to celu chì piglia u versu di u chjarore
Quant’hè strana l’attesa

Una ripa di terra è un branu di sole
A vistica di ciò chì sbramò l’infelice
Quand’eiu ne rimiru a mio terra à l’arice
Di iss’ombra meia nata quandi à ella s’annoda
Quant’hè dolce l’attesa di tè

10 L’Attente

Un arpent de ta terre en mon coeur pour toujours
Ainsi que ce sourire rivé aux lendemains
Ce pas qui s’en ira sans jamais plus faiblir
Ces yeux qu’auront grisés ces ondes originelles
Combien est étrange l’attente

Tout un fatras d’images que noircissent des deuils
Une étreinte de flammes qui mutile le souffle
Ce qui va à sa perte comme on va à tâtons
Et chaque frémissement qui remplit le ciel vierge
Combien est étrange l’attente

Des songes dévoyés épuisés de terreur
La tromperie, l’outrage triomphant à leurs faîtes
Un souvenir bercé par des heures tranquilles
Sous un ciel apaisé qui sans fin s’éclaircit
Combien est étrange l’attente

Un arpent de ta terre comme un éclat de soleil
Une trace vibrante pour soulager l’espoir
Ce que je sais de toi mon pays, ma demeure
Qui se confond sans trêve à mon ombre fébrile
Combien douce est l’attente que je nourris de toi

11 A’laltru mondu

A’l’altru mondu, u tempu hè longu
Ci stà l’eternità
E’m’ha pigliatu à tempu natu
Di mè chì n’hà da fà
O cara mamma u paradisu
Hè grande cum’è tè
E’s’è ti chjamu à l’improvisu
S’arricummanda à mè
Santa Maria a to sumiglia
Un nu mi lascia più
E mi cuntentu, è mi ramentu
Cum’è s’ell’era tù

Ti mandu un fiore, u so culore
U scegliarei tù
Hè ind’è u pratu di u Muratu
Ch’ellu face u più
S’o fussi eiu frà i più belli
U cuglierebbe à tè
Ma stocu in celu, è i to capelli
Sò luntanu da mè
Ma i t’allisciu cù Ghjesù Cristu
Chì sà quale tù sì
E’mi cuntentu è mi ramentu
E’megliu, ùn possu dì

Ùn piglià dolu, u to figliolu
cù l’anghjuli stà bè
E’ciò ch’o vogliu u mio custodiu
A sà prima cà mè
Quì l’aria fine cum’è puntine
Cosge senza piantà
Ore tranquille, à mille a mille
Senza calamità
A l’altru mondu canta un culombu
E’paura ùn ne hà
Pè cacciadore ci hè un Signore
O mà ùn ti ne fà !

11 Dans l’autre monde

Dans l’autre monde
Dieu que le temps est long !
Je venais de naître, il m’a emporté
Que va-t-il bien pouvoir faire de moi ?
Ma chère maman, le paradis est grand
Comme ton coeur
Et si je t’appelle à l’improviste
Seule entend ma détresse Sainte Marie
Qui te ressemble tant
Et je me souviens, et je me contente
Comme si tu étais là

Je t’envoie une fleur
Dont tu choisiras la couleur
C’est à Muratu, chez nous
Qu’elles fleurissent à souhait
Si j’y étais
Je t’en cueillerais, parmi les plus belles
Et même si depuis mon ciel, tes cheveux
Me sont inaccessibles
Je les caresse, et le Christ les caresse avec moi
Et je me souviens et je me contente
Et que dire de plus ?

Ne porte pas de deuil,
Ton fils va bien
Et ce que je désire, mon ange-gardien
Le sait bien avant moi
Ici, l’air tisse sans fin des heures sereines
Par milliers
Dans l’autre monde une colombe chante sans peur :
Ici, seul chasse le Seigneur !
Ne t’en fais pas, maman !

12 Memorie

I giardini ch’o aghju passatu
Oghje mi parenu un desertu
U ventu ci corre à l’apertu
Spulendu rena d’ogni latu

L’acqua hè sparita, ogni libbiatu
S’hè intisichitu è u core incertu
Dice aghju gosu aghju suffertu
Fattu e mio lotte o sunniatu

Di tanta vita
Ùn hè ristatu à a memoria
Ch’è una visione impuverita

Di tant’amori, un nome o dui
E’di u tribbicinu ch’o fui
U ricordu d’una ferita

12 Memoires

Les jardins que j’ai traversés
Ressemblent aujourd’hui à un désert
Le vent y tourbillonne librement
Dans le sable emporté

L’eau s’est tue dans les veines de la treille
Et le cœur désormais incertain questionne :
Ai-je vécu ? Ai-je souffert ?
Mené mes luttes ou bien rêvé ?

De tant de vie
Il ne me reste en mémoire
Qu’une pauvre image

De tant d’amours, un nom ou deux
Et de l’enfant turbulent que je fus,
Le seul souvenir d’une blessure

13 Visioni care

Ancu s’o ùn videraghju più
La mio terra prima di more,
A mio patria a mi portu in core
E l’aghju sempre à tù per tù

Vegu u so celu gonfiu è tesu
Cum`e un preziosu ballacchinu
Sopr’à i paesi lu marinu
L’empie tuttu è l’alza di pesu

Vegu e so coste innargentate
Ch’ella riccama l’alga nera
Vegu e so cità chì di sera
Hanu voci d’innamurate

Vegu e so machje chi l’imbernu
Lascia intatte e si ne cummove;
E so canalette e le piove
Chi danu à l’orte un bon guvernu

Vegu achjustrati i so pughjali
Cume cervi in listessa banda
e u ventu pazzu chi cummanda
u focu infamu e i tempurali

E vegu l’omi è le zitelle:
A’chi m’impreca, à chì mi ride,
A’chi mi feghja è ùn si decide.
Poi, pensu à ciò chi ci divide.
O core, inchjoda e to bullelle.

13 Tendres Visions

Même si je sais désormais
Que je ne reverrai plus ma terre
J’ai ma patrie dans le coeur
Et continuerai à la tutoyer

Je vois son ciel ample et soyeux
Comme un baldaquin précieux
Au dessus des villages, l’air marin le soulève
Et le tend sans fin

Je revois ses côtes argentées que brode
L’algue noire
Et ses cités, qui le soir venu,
Ont l’amour dans la voix

Je revois son maquis que
L’hiver attentionné épargne
Et ses sillons que la pluie emprunte
Pour rendre leur sourire aux jardins

Je vois ses demeures rassemblées
Comme les cerfs d’une même horde
Et le vent, ce commandant fou
Qui porte le feu infâme et ordonne à l’orage

Et puis je vois, les hommes et les jeunes filles
Les uns me maudissent, d’autres me raillent,
Certains me regardent sans parvenir à se décider …
Je pense alors à tout ce qui nous éloigne et divise
Arrête de battre, mon coeur. Arrête !

14 A’di’ti di tù

Cenere, venti è vite à caternu
Inserciditi li cori chì chjamanu in darnu
Ma l’amore ci fù
Ed’hè firmatu, principessa
A’dì ti di tù

In li to passi incerti ver’di e bracce sparte
Ci hè Mammata chì ride, Mammata scumparte
Tepidi sonnii è grazie tante
Chì t’avviganu, principessa
Da ch’elle sò tamante

Ripigliu:
Annant’à qualchì vechju quaternu
Eccu ti mintuvata, Tesoru
Da Barbirossu lu cecu,
U primu amante d’oru

A basgià ti la fronte sò scalati li ghjorni
E’ centu rè misteriosi anu fiuritu i cuntorni
A so trifuna và,
Bramanu è cantanu, principessa
Da chì e so stelle vantanu

Ripiliu

Criaturella in anda, mi sì soffiu d’età
A’l’appossu di a mio preghera, la ti vesti felicità
Venghinu tempu è ore
A’fà ti donna, principessa
D’una zitella in pettu, ci aghju da tene u core

Ripigliu

14 A te respirer (à Alexia)

Cendres, bourrasques, vies qui s’égarent
Glacés d’effroi les cœurs battent en vain
Mais l’amour a été
Et demeure, princesse
A te respirer

Sur le sillage de ton pas incertain vers des bras impatients
Veille ta mère. Elle sourit et t’invente
Des rêves douillets et des grâces intenses
Qui te tissent, princesse
De leur générosité

Refrain:
Sur une page du vieux cahier qui se souvient
Te voici tendrement déposée
Par Barbirossu l’aveugle
L’amant premier, l’amant doré

A te baiser le front les jours ont défilé
Et cent rois mystérieux ont fleuri alentour
En chantant ils avancent,
Te célébrant, princesse,
Que leur étoile a désignée

Refrain

Toute petite, ton chemin est le souffle
Que j’emprunte à la félicité
Pour qu’elle t’accompagne
Quand le temps t’aura faite femme
En mon sein, c’est ton cœur d’enfant que je chérirai

Refrain

15 L’Aria

Marion:
Non sento, non odo,
più forze non ho
Le corde vocali si allentano ognor.
Per me, principessa, non vale la storia:
un principe, un re a liberarmi non c’è.
Mio Robin, amore fatale,
per te le mie ale
tarpate oggi son.
Non sento, non odo, forze non ho

A Filetta:
Nella notte buia e scura
Non risuonano speranze.
Se la luna qui non entra
un abisso attenderà

Prima il fuoco, ora Marion,
abbiam troppo sopportato:
O Sceriffo disgraziato,
or preparati a scappare.

Travestirsi è un bell’affare
per entrare nel castello:
come Ulisse col cavallo
questa astuzia marcerà

15 L’Aria

Marion:
Rien n’ouïs, point n’entends
Les forces m’abandonnent
Mes cordes vocales se détendent d’heure en heure
A moi, princesse, cette histoire ne me vaut rien
Ni prince, ni roi pour me délivrer
Mon Robin, amour fatal
Pour toi mes ailes sont aujourd’hui rognées
Rien n’ouïs, point n’entends
Les forces m’abandonnent

A Filetta:
Dans cette nuit sombre et obscure
Toute espérance a dispardu
Si la lune n’apparait pas
Un abîme nous attendra

D’abord le feu, maintenant Marion
nous avons trop enduré
Shérif, malheur à toi
Prépare toi à fui

Se déguiser était une bonne idée
Pour entrer dans le château
Comme le cheval de Troie
Cette ruse marchera

16 Chjarura

Passatu m’aghju l’anni à circà in le nebbie
Lu mio rispiru primu, fraterna rimembrenza
E’avale a sò mi n’anderaghju senza
Sò stu cecu chì và è nulla n’ùn pò leghje

I to guai sò mei a to pena listessa
Le to gioie le m’aghju à fiancu à l’oramai
Stò chjosu ind’è isse ripe duv’è tù ti ne stai
Tù chì viaghji dinù in a bughjura spessa

E tribbiere sò compie e guerre sò finite
L’eroi sò andati à visticà lu ventu
Sò corse l’acque linde da l’altu di u pientu

Sò ghjarghje le to mure sò paci le to lite
A mio vita hè appesa à i destini umbbrosi
Libari l’orizonti à e partanze sposi

16 Lueurs

J’aurai passé le temps à explorer dans les brumes
Le souffle originel et ses intimes réminiscences
Mais je sais désormais que sans eux je dois vivre
Comme avance un aveugle qui ne peut rien déchiffrer

Tes souffrances sont les miennes la douleur est commune
Tes joies je les partage jusqu’au temps immobile
Mes frontières sont les tiennes en dépit des marées
Nous ne pourrons percer ces ténèbres épaisses

Les guerres et leurs cortèges ont pris fin cette nuit
De valeureux soldats se confrontent aux vents
Des sommets de nos larmes roulent des fleuves limpides

Tes murs ne sont que ruines, tes querelles apaisées
Et ma vie se retrouve suspendue à des ombres
Face aux horizons libres où des départs s’agrègent.